mardi 12 mars 2019

Sentiment d’impuissance

« Le pire pour un individu, c’est le sentiment d’impuissance »
Par Pascale Senk - 13/04/2017.

Spécialiste de psychologie positive, Jacques Lecomte explique comment tirer profit des expériences positives qui ont marché et trouver de bonnes raisons d’être optimiste permet d’agir, à l’inverse du pessimisme.


LE FIGARO. - Avec votre dernier livre, qui démontre que notre monde ne va pas si mal qu’on ne le croit, vous faites figure d’«ovni».
Pensez-vous vraiment qu’il y a de quoi se réjouir?

Jacques LECOMTE. -Je n’affirme pas du tout que les problèmes n’existent pas ou ne cherche à dissimuler ceux-ci, à moi ou à d’autres.
Mais je prône l’opti-réalisme, une association d’optimisme et de réalisme.


On pense trop souvent que les pessimistes, eux, voient clair.
Ce qui est faux dans la mesure où cette tendance les conduit à l’immobilisme, voire au désespoir, et cela n’a rien de réaliste.
À l’opposé, je préconise l’engagement actif.

Sur quoi s’appuie votre «opti-réalisme?»

D’abord, je ne dis pas «tout va très bien» mais «le monde va mieux».

Par exemple, plus d’un milliard de personnes sont sorties de la grande pauvreté en vingt-cinq ans, deux milliards sont sortis de la faim, les homicides ont chuté de 65 % en région parisienne en vingt ans, la forêt française a retrouvé la superficie qu’elle avait au Moyen-Âge.

Dans mon livre, je ne cite que des chiffres officiels.
Ce qui est à l’encontre de ce que professent les médias, qui ont tendance à montrer surtout la face sombre de la réalité.

Ensuite, je dévoile les zones d’ombre qui sont réellement importantes à endiguer.
Le catastrophisme, lui, se complaît dans une description apocalyptique globale.

Enfin, puisqu’il y a des actions à entreprendre pour améliorer ce qui ne va pas, je tire profit des expériences positives qui ont marché.
Et je trouve de bonnes raisons d’être optimiste.
C’est cela l’opti-réalisme: un engagement actif qui se base sur la réalité. Ce n’est en rien de l’attentisme.

«Autre valeur essentielle : le sentiment d’efficacité.

Chacun peut trouver les comportements éco-citoyens qui lui permettront de se sentir agir pour le mieux-être général»

Quelles valeurs permettent plus particulièrement d’incarner cet «opti-réalisme»?

D’abord, la coopération.
 Il faut que les militants par exemple s’allient à ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis pour amener des changements concrets.

 Par exemple, les écologistes ont intérêt à coopérer avec les industriels - et vice versa.
Il faut désormais la participation de tous, et un vrai partenariat, pour endiguer les problèmes auxquels fait face notre monde.
C’est ce qui a permis la reconstruction de la couche d’ozone ou la dépollution du Rhin.

Autre valeur essentielle: le sentiment d’efficacité.

Chacun peut trouver les comportements éco-citoyens qui lui permettront de se sentir agir pour le mieux-être général: prendre les transports en commun par exemple pour lutter contre la pollution de l’air.

Cela, c’est une analyse au niveau collectif.
Mais en ce qui concerne la vie personnelle, qu’en est-il?

Les découvertes de la psychologie positive confirment le bien-fondé de cette attitude optimiste.
Le pire pour un individu, en effet, c’est le sentiment d’impuissance.

Or, pour passer à l’action et s’engager, il faut avoir au moins l’impression que «ça peut marcher».

Aujourd’hui, une des approches les plus intéressantes en ce sens est l’«Appreciative Inquiry», méthode de conduite au changement qui s’appuie essentiellement sur vos succès passés.

Même s’il est important à certains moments de sa vie de faire un bilan en tenant compte des erreurs ou des points noirs qu’on n’a pas pu éviter, ce qui nous fera réellement avancer, c’est de s’appuyer sur les points positifs qu’on a marqués.

Par exemple, en psychothérapie positive, on demande aux patients dépressifs d’avoir toujours sur eux un carnet et un crayon pour pouvoir noter rapidement les événements positifs qui leur arrivaient.

Cela entraîne des effets positifs majeurs car, de manière générale, les dépressifs repèrent moins les situations positives et, surtout, ils les mémorisent mal.

Cette démarche consistant à s’appuyer sur ce qui est positif s’applique désormais aux individus mais aussi aux organisations, et toutes formes d’entreprises humaines.

Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez (Éd. Les Arènes).


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