samedi 27 juillet 2019

Bataille de Bouvines

Extrait de Wikipédia

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La bataille de Bouvines par Horace Vernet (1827).

La bataille de Bouvines est une bataille qui se déroula le dimanche 27 juillet 1214 près de Bouvines, dans le comté de Flandre (aujourd’hui dans le département du Nord), en France, et opposant les troupes royales françaises de Philippe Auguste, renforcées par quelques milices communales, à une coalition constituée de princes et seigneurs flamands, allemands et français renforcés de contingents anglais, menée par l’empereur du Saint-Empire Otton IV.

« Philippe-Auguste à Bouvines », illustration publiée dans le supplément illustré du Petit Journal, 26 juillet 1914.

La victoire est emportée par le roi de France et marque le début du déclin de la prédominance seigneuriale.

Jean sans Terre, qui attaquait conjointement depuis la Saintonge, doit accepter le traité de Chinon et se retirer ; puis le 15 juin 1215, les barons anglais lui imposent la Grande Charte.
Contraint de fuir, Otton IV est déposé et remplacé par Frédéric II.

« Philippe Auguste à la bataille de Bouvines (1214) », illustration de Henri Grobet, 1902.

La bataille s’inscrit dans la série de conflits ayant opposé Capétiens et Plantagenêt au XIIe siècle et XIIIe siècle et plus précisément dans l’affrontement entre le roi de France Philippe Auguste et le roi anglais Jean sans Terre.


En 1202, Philippe Auguste condamne Jean sans Terre à la confiscation de l’ensemble de ses fiefs situés dans le royaume de France pour avoir refusé de donner la justice à l’un de ses vassaux.

Après la bataille de Bouvines, Philippe Auguste ramène ses prisonniers Ferrand de Portugal, comte de Flandre, et Renaud, comte de Boulogne. Enluminure des Grandes Chroniques de France de Charles V, vers 1370-1379. BnF, département des manuscrits, ms. Français 2813, fo 258 vo.

Philippe s’empare de la Normandie en 1204, puis des terres des pays de la Loire au cours des années suivantes.
Après les campagnes victorieuses du roi de France, Jean sans Terre ne contrôle plus qu’une petite portion de territoire autour de l’Aquitaine.

L’armée quittant le champ de bataille de Bouvines. Enluminure des Grandes Chroniques de France de Charles V, vers 1370-1379. BnF, département des manuscrits, ms. Français 2813, fo 256 ro.

En 1214, le royaume de France est menacé car Jean sans Terre décide de s’en emparer.
 Il réussit à monter, contre Philippe Auguste, une vaste coalition avec
- Renaud de Dammartin, comte de Boulogne,
- Guillaume Ier, comte de Hollande,
- le fils cadet du roi de Portugal Ferrand, comte de Flandre,
- Henri Ier, duc de Brabant,
- Thiébaud Ier, duc de Lorraine,
- Henri III, duc de Limbourg,
- et surtout l’empereur romain germanique Otton IV.

La plupart des seigneurs installés entre l’Escaut et le Rhin se joignent à cette coalition.

L’année précédente, alors que Philippe guerroyait déjà contre le comte Ferrand, les Anglais avaient anéanti la flotte française dans le port de Damme (31 mai 1213).

Vol de nuit — Transféré de fr.wikipedia à Commons.
Les conquêtes territoriales de Philippe Auguste, entre son avènement (1180) et sa mort (1223).

Les coalisés envisagent un plan d’invasion d’envergure dans lequel les troupes anglaises de Jean sans Terre attaqueraient par La Rochelle et Otton et ses alliés à la tête d’une armée un peu plus nombreuse que celle de Philippe Auguste par le Nord.
En Flandre, le roi de France ne contrôle plus que les villes de Douai et de Cassel.

Philippe Auguste charge le prince Louis, futur roi Louis VIII, de garder la Loire avec une armée de 14 000 hommes.
À la nouvelle de la victoire de la Roche-aux-Moines (2 juillet), Philippe décide de prendre l’initiative sur le front nord avec le reste de son armée, avant que les renforts lorrains et allemands ne rejoignent les troupes de l’empereur.

Bataille de Bouvines. Enluminure des Grandes Chroniques de France, vers 1330. Bibliothèque municipale de Chartres, BM 0003, fo 282 vo.

Avant la bataille, une préparation tactique

Otton arrive avec son armée le 12 juillet à Nivelle et se dirige vers Valenciennes, où il établit son camp.

Le 23 juillet, après avoir convoqué ses vassaux, ses arrière-vassaux et les milices des communes, Philippe Auguste et son armée, forte de 1 300 chevaliers et entre 4 000 et 6 000 piétons, quittent Péronne pour Douai et plantent l’oriflamme de Saint-Denis à Tournai le 26.
Le roi entend couper ses ennemis des renforts en provenance d’Allemagne et tente de surprendre Otton par le Nord-Est.

L’empereur a vent de la manœuvre de Philippe Auguste et se déplace à Mortagne, à quelques lieues de l’armée royale.
Après avoir observé l’armée d’Otton à deux lieues de distance, Philippe Auguste propose à ses généraux d’attaquer.
Les barons, conscients de leur infériorité numérique, le lui déconseillent ; il décide de se replier sur Lille.

Otton pense que le roi de France veut éviter la bataille et ses armées pensent que l’ennemi fuit.
Il dispose alors son armée en trois colonnes :

- la colonne de gauche, conduite par le comte Ferrand, se compose de la noblesse flamande et hollandaise ;
- la colonne centrale, sous le commandement direct de l’Empereur, comprend 800 hommes d’armes du Brunswick, l’infanterie allemande et un corps de réserve de 16 000 Saxons ;
- la colonne de droite, commandée par Renaud de Boulogne, est formée des vassaux de Renaud, de vieilles bandes de routiers et de Brabançons qu’il a pris à sa solde et de 6 000 chevaliers ou archers anglais conduit par le comte de Salisbury, frère naturel de Jean sans Terre.

Ils suivent l’armée française qui se replie le dimanche 27 juillet.
Arrivée à proximité d’un étang sur sa droite et d’un bois sur sa gauche, l’armée française doit traverser la rivière Marque et emprunter le pont de Bouvines situé entre Cysoing et Sainghin, indique Guillaume le Breton, chroniqueur de Philippe II et auteur de La Philippide.
C’est un véritable entonnoir : étang à gauche et bois à droite, on ne peut se battre ni dans l’un, ni dans l’autre.

Otton s’étonne d’avoir rattrapé le roi de France (qui a sans doute attiré l’empereur dans ce piège).
Bien que l’Église l’interdise, Otton, déjà excommunié, décide de lancer l’attaque sur ce qui est alors l’arrière-garde française.
Philippe Auguste peut livrer bataille. Son armée se retourne brusquement.

Or, entre l’étang et le bois, l’armée française se déploie en ligne, ainsi son infériorité numérique est effacée. L’armée d’Otton n’a plus l’espace nécessaire pour se déployer convenablement, son avantage en surnombre ne peut plus jouer, pire, elle est devenue bien trop nombreuse, elle se gêne et se piétine elle-même.

La bataille

Les forces en présence

Si aujourd’hui encore, l’évaluation des forces en présence suscite des controverses — l’historiographie française classique fait souvent référence à des troupes coalisées trois fois plus nombreuses que celles du roi de France (Philippe Contamine n’est pas de cet avis :
« En face, ses adversaires n’avaient pas une supériorité numérique évidente ») — on sait par Guillaume le Breton, chapelain de Philippe II présent à Bouvines, que les lignes de combattants se tenaient en ligne dans un espace de 40 000 pieds (15 hectares), ce qui ne laisse pas beaucoup de dégagement et prédispose au corps à corps.
Guillaume le Breton ajoute dans sa chronique que « les deux lignes de combattants étaient séparées par un espace peu considérable ».

Philippe Auguste avait lancé alors un appel aux communes du Nord de la France, afin d’obtenir leur concours.

Dix-sept des trente-neuf communes de l’État capétien répondent à l’appel :

- Arras envoie 1 000 miliciens,
- la région d’Abbeville 2 000 hommes,
- Paris envoie un corps de 2 000 hommes, dont 1 750 restent sur le champ de bataille.
Au total, l’armée royale atteindrait 7 000 combattants.

Armée royale

L’armée royale est divisée en trois batailles :

L’aile droite, composée de chevaliers champenois et bourguignons, est commandée par le duc Eudes de Bourgogne et ses lieutenants :
- Gaucher III de Châtillon, comte de Saint-Pol,
- le comte Guillaume Ier de Sancerre,
- le comte de Beaumont, Mathieu de Montmorency et le vicomte Adam II de Melun.
Cette aile droite est composée des hommes d’armes et des milices paroissiales de Bourgogne, de Champagne et de Picardie et couverte par les sergents à cheval du Soissonnais.

La bataille centrale est menée par Philippe Auguste et ses principaux chevaliers : - Guillaume des Barres,
- Barthélemy de Roye,
-Girard Scophe dit « Girard la Truie »,
-Guillaume de Garlande,
-Enguerrand III de Coucy,
-Étienne de Longchamps
-et Gautier de Nemours.
Ce centre se composait de l’infanterie des communes d’Île-de-France et de la Normandie, en avant du roi et de ses chevaliers.

L’aile gauche, composée de chevaliers et de la piétaille est emmenée par Robert de Dreux et le comte Guillaume de Ponthieu.

Cette aile gauche est composée de la gendarmerie bretonne, des milices de Dreux, du Perche, du Ponthieu et du Vimeux.
Le pont de Bouvines, unique moyen de retraite à travers les marécages, est gardé par 150 sergents d’armes du roi qui forment la seule réserve des troupes françaises.

Armée des coalisés

Otton a également divisé son armée en trois groupes :

Le flanc gauche, sous les ordres du comte de Flandre et du Hainaut Ferrand avec ses chevaliers flamands — dirigés par Arnaud d'Audenarde.
On y trouve les soldats de la Flandre et du Hainaut.

Le centre sous le commandement d'Otton, celui de Thiébaud, duc de Lorraine, d’Henri, duc de Brabant, et du comte Philippe II de Courtenay-Namur : on y trouve des soldats saxons, des chevaliers et des fantassins brabançons et allemands.

Au centre, l’infanterie allemande est formée de phalanges profondes, hérissées de piques et flanquée par des compagnies formées en coin, puis en deuxième ligne, l’infanterie saxonne en réserve.
Dans l’intervalle, se tenait Otton entouré de 50 chevaliers allemands.

Le flanc droit, sous les ordres de Renaud de Dammartin, comprend également de l’infanterie brabançonne et des chevaliers anglais — sous les ordres du comte de Salisbury Guillaume de Longuépée.

À l’extrême droite, appuyés à la Marque les archers anglais et les routiers du Brabant flanquaient les noblesses des deux Lorraines et du Palatinat.

Les événements

Le roi Philippe Auguste, veillant à conserver le soutien de la papauté ainsi qu’à éviter les refus de transgresser un tabou religieux de la part de ses troupes, exclut l’hypothèse d’attaquer un dimanche, jour dédié à Dieu et non à la guerre, mais n’écarte pas l’idée de se défendre.
C’est ainsi que le roi, en fin stratège, pousse les coalisés à attaquer.

Le premier choc fait s’affronter les forces d’Eudes de Bourgogne et l’aile gauche de l’armée d’Otton, commandée par Ferrand de Flandre.

L’affrontement au centre est en revanche initialement dominé par l’infanterie de l’empereur, avec l’objectif de tuer Philippe Auguste.

Une partie des troupes coalisées de l’aile gauche se déporte au centre pour soutenir l’effort de capture du roi de France.
Enguerrand III de Coucy charge Otton lance baissée et le désarçonne.

Au même moment Philippe Auguste est à la merci des soldats allemands et ne doit son salut qu’à l’intervention in extremis de ses chevaliers qui abandonnent l’Empereur et agitent l’oriflamme pour rassurer les combattants français, et notamment de son chambellan Pierre Tristan qui lui fait un rempart de son corps.

Mais par contrecoup une faille apparaît sur l’aile gauche des coalisés.
Ce qui facilite une percée de l’aile droite française, qui, à revers, surprend Ferrand.
Les chevaliers chargent vigoureusement et au bout de quelques heures, Ferrand se rend.
La capture de Ferrand consacre la déroute du flanc gauche d’Otton.

Au centre et à gauche, les gens d’armes d’Otton s’empilent systématiquement sur les blessés et les morts qui sont en ligne de front, et sur lesquels trébuchent ceux qui essaient de reculer sous la charge des Français.

Ceux qui sont à l’arrière ne comprennent pas ce qui se passe devant.
Ils commencent à voir des fuyards.
C’est le début de la débandade sur une partie du front.

Quelques instants plus tard, Otton manque à son tour de se faire tuer par les chevaliers français Guillaume des Barres et Girard La Truie.
Il ne doit son salut qu’à sa fuite du champ de bataille, et, au-delà, à sa fuite sous déguisement.

Robert de Dreux est rapidement en difficulté avec son contingent.
Ses troupes, d’abord enfoncées par les hommes conduits par Guillaume de Longue-Épée et Renaud de Dammartin, sont obligées de défendre le pont de Bouvines pied à pied.
Guillaume de Longue-Épée capturé, ses soldats anglais prennent la fuite.

Mathieu II de Montmorency s’empare lui-même de douze bannières ennemies (en souvenir de cet exploit, le blason des Montmorency comportera douze aigles supplémentaires soit seize, au lieu de quatre auparavant).
Renaud de Dammartin, le dernier à résister farouchement sur le champ de bataille, finit par se rendre à la vue de la débandade générale de ses alliés.

La victoire de Philippe Auguste est totale, ses pertes en hommes minimes et une bonne partie des seigneurs coalisés est prisonnière.

Après la bataille, un bilan très positif pour le roi de France

Selon Jean Favier, Bouvines est « l’une des batailles décisives et symboliques de l’histoire de France ».
Pour Philippe Contamine, « la bataille de Bouvines eut à la fois d’importantes conséquences et un grand retentissement ».

Otton s’enfuit et perd sa couronne.

Ferrand de Flandre passe quinze ans en prison au château du Louvre.

Philippe Auguste confisque les terres de Renaud de Dammartin pour les donner à son fils Philippe Hurepel et marie celui-ci avec Mathilde de Dammartin, fille de Renaud.
Ce dernier restera emprisonné dans la forteresse du Goulet jusqu’à sa mort en 1227.
Jean sans Terre doit accepter le traité de Chinon : dépossédé de la Normandie, du Maine, de l’Anjou, de la Touraine et de la Bretagne depuis 1206, Jean sans Terre cesse les hostilités contre la France, et regagne l’Angleterre.
Pour sauver sa couronne, il est contraint d’accorder à ses barons la Grande Charte (1215).

Du côté français, la dynastie capétienne sort renforcée tandis que les récentes acquisitions de Philippe Auguste sur Jean sans Terre sont consolidées.

Contrairement à Jean sans Terre, Philippe Auguste est désormais l’arbitre incontesté au-dessus de ses barons.

Le retour de Philippe Auguste à Paris est triomphal ; les festivités — qui durèrent six jours — seront exploitées par la monarchie pour en faire l’une des premières manifestations de l’unité nationale : Philippe Auguste écrit à l’université de Paris : « Louez Dieu !, car nous venons d’échapper au plus grave danger qui nous ait pu menacer… ».

Au lendemain de cette bataille, Philippe Auguste fonde, entre Senlis et Mont-l'Évêque, l’abbaye de la Victoire, qui sera intégrée au domaine de l'évêque de Senlis en 1486.

Monument aux morts de Bouvines. Serge Ottaviani

Commémorations

En juillet 1914, une commémoration est organisée pour le 700e anniversaire de la bataille.
Une souscription est lancée pour ériger un monument mais le déclenchement de la Première Guerre mondiale bloque le projet.

La stèle monumentale sert à la fin du conflit de monument aux morts.
Un lien est néanmoins fait avec la bataille de Bouvines avec en haut du monument, sous le nom « Bouvines », le rappel des deux années, « 1214 - 1914 ». Y figure aussi une inscription de Paul Bourget :
« La bataille de la Marne c’est Bouvines renouvelé à sept cents ans de distance. »

En 2014, la ville de Bouvines a créé un jeu de son et lumière pour les 800 ans de la bataille.
Le texte a été écrit par Alain Streck et mis en scène par Émilie Tommasi.
À cette occasion, le Tour de France 2014 passe par Bouvines, lors de la 5e étape.

Le prétendant légitimiste Louis de Bourbon, héritier théorique du roi Philippe Auguste, participe à la cérémonie officielle du 27 juillet 2014, en présence du prince Axel de Bourbon-Parme, du prince Charles-Emmanuel de Bauffremont-Courtenay et de son épouse, du comte de Beaumont-Beynac et du baron Hervé Pinoteau.

En 2015, une nouvelle association « Bouvines, l’aventure continue » est créée pour continuer à faire vivre le jeu de son et lumière retraçant la bataille. Le spectacle est reprogrammé pour le début du mois de juillet 2016 toujours écrit par Alain Streck et mis en scène par Manuela Dumortier.

Plus d’une centaine de bénévoles présentent sur scène cette bataille historique débutant par le mariage de Jeanne de Flandre et Ferrand en 1212.
Dans l’un de ses articles, la presse locale parle du « Puy-du-Fou du Nord ».

Œuvres concernant la bataille

Horace Vernet peint le tableau Bataille de Bouvines, 27 juillet 1214 en 1827, il est visible dans la galerie des Batailles, au château de Versailles.

Georges Mathieu peint également un tableau intitulé La Bataille de Bouvines, dans le style de l'abstraction lyrique, exposé au musée Georges Pompidou.

Un épisode de la série télévisée Points de repères intitulé Bouvines, la France en péril a été diffusé sur Arte le 2 octobre 2016.

Site classé

L'ensemble formé par le champ de bataille de Bouvines et ses abords, sur le territoire des communes d'Anstaing, Baisieux, Bourghelles, Bouvines, Camphin-en-Pévèle, Chéreng, Cysoing, Fretin, Gruson, Louvil, Sainghin-en-Mélantois et Wannehain est classé parmi les sites du département du Nord


vendredi 26 juillet 2019

Climat

De grands scientifiques italiens jettent un pavé dans la mare.

Ce texte, sous forme de pétition, a été initié par le professeur Uberto Crescenti – Professeur titulaire de géologie appliquée à l’Université G. d’Annunzio de Chieti ; Recteur de l’Université G. d’Annunzio de 1985 à 1997, président de la Société italienne de géologie de 1999 à 2005, fondateur et président de l’Association italienne de géologie appliquée et d’environnement de 1999 à 2005, fondateur et président en 2001 de l’Association italienne « géologie et tourisme ».

Il faut lire ce texte dans son intégralité.

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Nous soussignés, citoyens et hommes de science, invitons avec force les décideurs politiques à adopter des politiques de protection de l’environnement qui soient compatibles avec les connaissances scientifiques.
En particulier, il est urgent de lutter contre la pollution là où elle se produit, comme l’indiquent les meilleures données scientifiques.

Uberto Crescenti, 82 ans, est né à San Benedetto del Tronto, une ville avec laquelle il a toujours entretenu de profonds liens affectifs. Il est diplômé à Rome en 1957 en sciences géologiques et a été embauché par Montecatini pour lequel il a travaillé environ 10 ans. En 1968, il a remporté le concours pour l'enseignement universitaire gratuit dans les universités de Pérouse, L'Aquila et Ancône, où il a obtenu le titre de professeur en 1975. En 1984, il intègre la faculté d'architecture de Pescara. En 1985, il est élu recteur de l'Université "D'Annunzio" de Chieti - Pescara jusqu'en 1997. Il est président de la société italienne de géologie et est l'auteur de plus d'une centaine de publications. scientifique.

A cet égard, il est regrettable que les connaissances mises à disposition par le monde de la recherche soient utilisées trop tard pour réduire les émissions anthropiques de polluants très répandus dans les systèmes environnementaux tant continentaux que marins.

Cependant, il faut être bien conscient que le dioxyde de carbone lui-même n’est pas un polluant.
Au contraire, il est indispensable à la vie sur notre planète.

BY PROF. UBERTO CRESCENTI ON   MARCH 3, 2018 LIVRES ET MÉMOIRES DE RECHERCHE
L’article traite de la prédiction du climat futur de notre planète. Dans l’état actuel de nos connaissances, nous avons certaines données sur le passé sur la base des études historiques sur le climat, mais nous ne pouvons pas projeter vers l’avenir. Il en résulte que les prévisions catastrophiques de l’IPCC et de ceux qui se reconnaissent dans cet organisme ne doivent pas être prises au sérieux. Ces prévisions ont un impact sur l’économie mondiale en raison de l’application du protocole de Kyoto qui, en 2013 seulement, a mobilisé plus de 160 milliards de dollars pour la soi-disant taxe carbone.

Au cours des dernières décennies, s’est répandue une hypothèse selon laquelle le réchauffement de la surface de la terre d’environ 0,9°C observé depuis 1850 serait anormal et dû aux activités humaines, en particulier à l’émission dans l’atmosphère de CO2 venant de l’utilisation des combustibles fossiles.


C’est là la thèse du réchauffement climatique anthropique promue par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies, dont les conséquences seraient des changements environnementaux si graves qu’ils feraient craindre des dommages énormes dans un avenir proche, à moins que des mesures drastiques et très coûteuses soient adoptées immédiatement.


De nombreuses nations du monde ont adhéré à des programmes de réduction des émissions de dioxyde de carbone et une propagande de plus en plus virulente les invite à adopter des programmes toujours plus exigeants dont la mise en œuvre, très onéreuse pour les économies de ces Etats, serait, prétend-on, nécessaire à la maîtrise du climat et au « salut » de la planète.

L’origine anthropique du réchauffement de la planète est cependant une conjecture non prouvée, déduite uniquement de certains modèles climatiques, c’est-à-dire de programmes informatiques complexes, appelés modèles de circulation générale.

Climat, assez de catastrophismes. Réflexions scientifiques sur le passé et l'avenir

Au contraire, la littérature scientifique a, mis en évidence l’existence d’une variabilité climatique naturelle que les modèles ne sont pas capables de reproduire, variabilité naturelle de mieux en mieux vérifiée.

Cette variabilité naturelle explique une part importante du réchauffement climatique observé depuis 1850.

La responsabilité anthropique du changement climatique observée au siècle dernier est donc exagérée de façon injustifiée et les prévisions catastrophiques sont irréalistes.

Une pétition adressée aux plus hautes fonctions de l’État, du Président de la République au Conseil des ministres en passant par le Sénat et la Chambre, pour demander à l’Italie de ne pas adhérer à une " politique de réduction non critique des émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère revendication illusoire de régir le climat ». Des universitaires italiens dirigés par le professeur émérite de géologie appliquée et ancien recteur de l'Université de Chieti-Pescara Uberto Crescenti, ont pour mission de promouvoir la collecte de signatures. Parmi les promoteurs de la pétition se trouvent de nombreux " négationnistes " , ceux qui nient l'existence de causes anthropiques à l'origine du réchauffement planétaire .

Le climat est le système le plus complexe sur notre planète : nous devons donc l’aborder avec des méthodes appropriées et adaptées à son niveau de complexité.

Les modèles de simulation climatique ne reproduisent pas la variabilité naturelle observée du climat et, en particulier, ne reconstituent pas les périodes chaudes des 10 000 dernières années.
Celles-ci se sont répétées environ tous les mille ans : on y trouve la période médiévale chaude, bien connue, la période romaine chaude, et généralement de grandes périodes chaudes pendant l’Optimum holocène [Il y a 8000 ans].

Ces périodes passées étaient plus chaudes que la période actuelle, bien que la concentration de CO2 y ait alors été inférieure à la concentration actuelle ; elles sont liées aux cycles millénaires de l’activité solaire.
Ces effets ne sont pas reproduits par les modèles.

Rappelons que le réchauffement observé de 1900 à nos jours a, en fait, commencé en 1700, c’est-à-dire au minimum du Petit Âge glaciaire, qui est la période la plus froide des 10 000 dernières années, et qu’il correspond à un minimum millénaire de l’activité solaire que les astrophysiciens appellent minimum solaire de Maunder.
Depuis, l’activité solaire, suivant son cycle millénaire, a augmenté et réchauffé la surface de la Terre.

De plus, les modèles ne parviennent pas à reproduire les oscillations climatiques bien connues de période 60 ans environ.
Celles-ci ont été responsables, d’une période de réchauffement (1850-1880) suivie d’une période de refroidissement (1880-1910), puis d’une période de réchauffement (1910-1940), d’une période de refroidissement (1940-70) et d’une nouvelle période de réchauffement (1970-2000) semblable à celle observée 60 ans auparavant.

Enfin, les médias ont fait passer le message qu’il y aurait un consensus quasi unanime parmi les scientifiques sur la cause anthropique de l’actuel changement climatique et que le débat scientifique serait donc clos.

Et pourtant, nous devons tout d’abord être bien conscients que la méthode scientifique exige que ce soient les faits, et non le nombre de croyants qui d’une conjecture font une théorie scientifique consolidée.

Quoi qu’il en soit, même ce supposé consensus n’existe pas.
Les opinions des spécialistes – climatologues, météorologues, géologues, géophysiciens, astrophysiciens – sont très variables et nombre d’entre eux reconnaissent l’importance de la contribution naturelle au réchauffement planétaire observée depuis la période préindustrielle et même au réchauffement de l’après-guerre à aujourd’hui. 

Il y a également eu des pétitions signées par des milliers de scientifiques qui ont exprimé leur désaccord avec l’hypothèse du réchauffement climatique anthropique.
Notamment celle lancée en 2007 par le physicien F. Seitz, ancien président de l’American National Academy of Sciences, et celle lancée par le Groupe d’experts International Non Gouvernemental sur l’évolution du climat (NIPCC), dont le rapport 2009 conclut que  » la nature, et non l’activité humaine, gouverne le climat « .

En conclusion, vu l’importance cruciale des combustibles fossiles pour l’approvisionnement énergétique de l’humanité, nous suggérons de refuser d’adhérer à des politiques de réduction des émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère sous le prétexte illusoire de gouverner le climat.

COMITÉ DE LANCEMENT
  1. Uberto Crescenti, Professeur émérite de géologie appliquée, Université G. D’Annunzio, Chieti-Pescara, ancien Recteur magnifique et Président de la Société italienne de géologie.
  2. Giuliano Panza, Professeur de sismologie, Université de Trieste, Académicien du Lincei et de l’Académie Nationale des Sciences, connu comme le XL, Prix International 2018 de l’Union Géophysique Américaine.
  3. Alberto Prestininzi, professeur de géologie appliquée, Université La Sapienza, Rome, ancien rédacteur scientifique en chef de la revue internationale IJEGE et directeur du Centre de recherche sur la prévision et le contrôle des risques géologiques.
  4. Franco Prodi, professeur de physique atmosphérique, Université de Ferrare.
  5. Franco Battaglia, professeur de chimie physique, Université de Modène ; Movimento Galileo 2001.
  6. Mario Giaccio, professeur de technologie et d’économie des sources d’énergie, Université G. D’Annunzio, Chieti-Pescara, ancien doyen de la faculté d’économie.
  7. Enrico Miccadei, Professeur de Géographie, Physique et Géomorphologie, Université G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  8. Nicola Scafetta, professeur de physique atmosphérique et d’océanographie, Université Frédérico II de Naples
SIGNATAIRES 
  1. Antonino Zichichi, Professore Emerito di Fisica, Università di Bologna, Fondatore e Presidente del Centro di Cultura Scientifica Ettore Majorana di Erice.
  2. Renato Angelo Ricci, Professore Emerito di Fisica, Università di Padova, già Presidente della Società Italiana di Fisica e della Società Europea di Fisica; Movimento Galileo 2001.
  3. Aurelio Misiti, Professore di Ingegneria Sanitaria-Ambientale, Università la Sapienza, Roma.
  4. Antonio Brambati, Professore di Sedimentologia, Università di Trieste, Responsabile Progetto Paleoclima-mare del PNRA, già Presidente Commissione Nazionale di Oceanografia.
  5. Cesare Barbieri, Professore Emerito di Astronomia, Università di Padova.
  6. Sergio Bartalucci, Fisico, Presidente Associazione Scienziati e Tecnologi per la Ricerca Italiana.
  7. Antonio Bianchini, Professore di Astronomia, Università di Padova.
  8. Paolo Bonifazi, già Direttore Istituto di Fisica dello Spazio Interplanetario, Istituto Nazionale Astrofisica.
  9. Francesca Bozzano, Professore di Geologia Applicata, Università Sapienza di Roma, Direttore del Centro di Ricerca CERI.
  10. Marcello Buccolini, Professore di Geomorfologia, Università Università G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  11. Paolo Budetta, Professore di Geologia Applicata, Università di Napoli.
  12. Monia Calista, Ricercatore di Geologia Applicata, Università G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  13. Giovanni Carboni, Professore di Fisica, Università Tor Vergata, Roma; Movimento Galileo 2001.
  14. Franco Casali, Professore di Fisica, Università di Bologna e Accademia delle Scienze di Bologna.
  15. Giuliano Ceradelli, Ingegnere e climatologo, ALDAI.
  16. Domenico Corradini, Professore di Geologia Storica, Università di Modena.
  17. Fulvio Crisciani, Professore di Fluidodinamica Geofisica, Università di Trieste e Istituto Scienze Marine, Cnr, Trieste.
  18. Carlo Esposito, Professore di Telerilevamento, Università La Sapienza, Roma.
  19. Mario Floris, Professore di Telerilevamento, Università di Padova.
  20. Gianni Fochi, Chimico, Scuola Normale Superiore di Pisa; giornalista scientifico.
  21. Mario Gaeta, Professore di Vulcanologia, Università La Sapienza, Roma.
  22. Giuseppe Gambolati, Fellow della American Geophysica Union, Professore di Metodi Numerici, Università di Padova.
  23. Rinaldo Genevois, Professore di Geologia Applicata, Università di Padova.
  24. Carlo Lombardi, Professore di Impianti nucleari, Politecnico di Milano.
  25. Luigi Marino, Geologo, Centro Ricerca Previsione e Controllo Rischi Geologici, Università La Sapienza, Roma.
  26. Salvatore Martino, Professore di Microzonazione sismica, Università La Sapienza, Roma.
  27. Paolo Mazzanti, Professore di Interferometria satellitare, Università La Sapienza, Roma.
  28. Adriano Mazzarella, Professore di Meteorologia e Climatologia, Università di Napoli.
  29. Carlo Merli, Professore di Tecnologie Ambientali, Università La Sapienza, Roma.
  30. Alberto Mirandola, Professore di Energetica Applicata e Presidente Dottorato di Ricerca in Energetica, Università di Padova.
  31. Renzo Mosetti, Professore di Oceanografia, Università di Trieste, già Direttore del Dipartimento di Oceanografia, Istituto OGS, Trieste.
  32. Daniela Novembre, Ricercatore in Georisorse Minerarie e Applicazioni Mineralogichepetrografiche, Università G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  33. Sergio Ortolani, Professore di Astronomia e Astrofisica, Università di Padova.
  34. Antonio Pasculli, Ricercatore di Geologia Applicata, Università G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  35. Ernesto Pedrocchi, Professore Emerito di Energetica, Politecnico di Milano.
  36. Tommaso Piacentini, Professore di Geografia Fisica e Geomorfologia, Università G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  37. Guido Possa, Ingegnere nucleare, già Vice Ministro Miur.
  38. Mario Luigi Rainone, Professore di Geologia Applicata, Università di Chieti-Pescara.
  39. Francesca Quercia, Geologo, Dirigente di ricerca, Ispra.
  40. Giancarlo Ruocco, Professore di Struttura della Materia, Università La Sapienza, Roma.
  41. Sergio Rusi, Professore di Idrogeologia, Università G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  42. Massimo Salleolini, Professore di Idrogeologia Applicata e Idrologia Ambientale, Università di Siena.
  43. Emanuele Scalcione, Responsabile Servizio Agrometeorologico Regionale Alsia, Basilicata.
  44. Nicola Sciarra, Professore di Geologia Applicata, Università G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  45. Leonello Serva, Geologo, Direttore Servizi Geologici d’Italia; Movimento Galileo 2001.
  46. Luigi Stedile, Geologo, Centro Ricerca Revisione e Controllo Rischi Geologici, Università La Sapienza, Roma.
  47. Giorgio Trenta, Fisico e Medico, Presidente Emerito dell’Associazione Italiana di Radioprotezione Medica; Movimento Galileo 2001.
  48. Gianluca Valenzise, Dirigente di Ricerca, Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia, Roma.
  49. Corrado Venturini, Professore di Geologia Strutturale, Università di Bologna.
  50. Franco Zavatti, Ricercatore di Astronomia, Univesità di Bologna.
  51. Achille Balduzzi, Geologo, Agip-Eni.
  52. Claudio Borri, Professore di Scienze delle Costruzioni, Università di Firenze, Coordinatore del Dottorato Internazionale in Ingegneria Civile.
  53. Pino Cippitelli, Geologo Agip-Eni.
  54. Franco Di Cesare, Dirigente, Agip-Eni.
  55. Serena Doria, Ricercatore di Probabilità e Statistica Matematica, Università G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  56. Enzo Siviero, Professore di Ponti, Università di Venezia, Rettore dell’Università e- Campus.
  57. Pietro Agostini, Ingegnere, Associazione Scienziati e Tecnolgi per la Ricerca Italiana.
  58. Donato Barone, Ingegnere.
  59. Roberto Bonucchi, Insegnante.
  60. Gianfranco Brignoli, Geologo.
  61. Alessandro Chiaudani, Ph.D. agronomo, Università G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  62. Antonio Clemente, Ricercatore di Urbanistica, Università G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  63. Luigi Fressoia, Architetto urbanista, Perugia.
  64. Sabino Gallo, Ingegnere nucleare.
  65. Daniela Giannessi, Primo Ricercatore, Ipcf-Cnr, Pisa.
  66. Roberto Grassi, Ingegnere, Amministratore G&G, Roma.
  67. Alberto Lagi, Ingegnere, Presidente di Società Ripristino Impianti Complessi Danneggiati.
  68. Luciano Lepori, Ricercatore Ipcf-Cnr, Pisa.
  69. Roberto Madrigali, Metereologo.
  70. Ludovica Manusardi, Fisico nucleare e Giornalista scientifico, Ugis.
  71. Maria Massullo, Tecnologa, Enea-Casaccia, Roma.
  72. Enrico Matteoli, Primo Ricercatore, Ipcf-Cnr, Pisa.
  73. Gabriella Mincione, Professore di Scienze e Tecniche di Medicina di Laboratorio, Università G. D’Annunzio, Chieti-Pescara.
  74. Massimo Pallotta, Primo Tecnologo, Istituto Nazionale Fisica Nucleare.
  75. Enzo Pennetta, Professore di Scienze naturali e divulgatore scientifico.
  76. Nunzia Radatti, Chimico, Sogin.
  77. Vincenzo Romanello, Ingegnere nucleare, Centro Ricerca, Rez, Repubblica Ceca.
  78. Alberto Rota, Ingegnere, Ricercatore presso Cise e Enel.
  79. Massimo Sepielli, Direttore di Ricerca, Enea, Roma.
  80. Ugo Spezia, Ingegnere, Responsabile Sicurezza Industriale, Sogin; Movimento Galileo 2001.
  81. Emilio Stefani, Professore di Patologia vegetale, Università di Modena.
  82. Umberto Tirelli, Visiting Senior Scientist, Istituto Tumori d’Aviano; Movimento Galileo 2001.
  83. Roberto Vacca, Ingegnere e scrittore scientifico.





dimanche 21 juillet 2019

1911 : la France suffoque

Sous l’effet d’une vague de chaleur perdurant plus de deux mois
(D’après « Gil Blas » des 9 juillet et 10 août 1911,
« Les Annales politiques et littéraires » des 30 juillet et 20 août 1911
et « Le Petit Parisien » du 10 septembre 1911)
Publié par La France pittoresque – 27/06/2019.

L’été 1911 est marqué par une redoutable sécheresse accompagnée de températures anormalement élevées : qualifiée de canicule sans que l’on crie encore au réchauffement climatique, la vague de chaleur qui déferle sur l’Europe compte parmi les plus longues de l’Histoire, et est à l’origine de la mort de 40 000 personnes après avoir sévi quelque 70 jours, du 5 juillet au 13 septembre

Paris pendant la canicule de 1884 : place du Théâtre-Français.
Illustration de couverture du Monde illustré du 23 août 1884

Voici une sélection d’articles retraçant l’évolution et les conséquences de cette spectaculaire vague de chaleur qui tint en haleine le monde médiatique durant 10 semaines, les journalistes adoptant, qui un ton rassurant, qui un style alarmant, qui une plume ironique, qui un esprit fataliste.

Début juillet : la canicule prend ses marques

Début juillet, les journalistes s’émeuvent et s’inquiètent de la chaleur excessive s’installant en France.
Dans un article non dénué d’humour signé Claude Berton et intitulé La vague du numéro du 9 juillet 1911 de Gil Blas, on peut lire :

La chaleur à Paris en 1911 (groupe de personnes se faisant servir de l’eau
près d’une fontaine Wallace). © Crédit photo : Agence Rol

Paris compte depuis quelques jours une voyageuse inattendue et dont la visite l’a fort surpris, une voyageuse venue de très loin : la vague de chaleur.
En arrivant, elle tombe des nues cette fille des tropiques apportant dans les plis de sa robe ces deux enfants : le siroco et le simoun.

Les Parisiens, si accueillants aux étrangers lui ont fait la grimace, puis comme c’est l’époque des étrangers, ils tâchent de s’accoutumer à elle.
Pourtant elle est encombrante, envahissante, indiscrète, partout elle pénètre, elle s’insinue, elle se glisse, et sa présence pesante, alourdissante, migraineuse, se fait sentir, s’impose impérieusement.
Personne et rien ne lui échappe.

Les méfaits de la chaleur : une victime de l’insolation. Illustration de couverture
du Petit Journal : supplément illustré du 13 août 1911

Il arrive parfois qu’un souverain aimable mais un peu ennuyeux vient visiter Paris.
Toute la ville est bouleversée pour sa réception ; les rues sont barrées, l’Opéra change son spectacle, les journaux sont remplis de comptes rendus insipides sur ses faits et gestes.
Il arrête la vie.
Ainsi fait la vague de chaleur, mais son pouvoir est bien plus considérable.
Elle fait haleter dans la rue les pauvres chevaux recrus de fatigue et en même temps elle essouffle les moteurs des autos qui chauffent et ne peuvent refroidir leur circulation d’eau, elle fait éclater les pneus et craquer les vieux meubles. Les très anciens bois réchauffés croient sentir tout d’un coup la sève remontée en eux ; ils se dilatent de joie et, crac ! ils se fendent.

« 8, impasse Mortagne, dans le onzième arrondissement, quarante à cinquante locataires sont obligés de passer leurs nuits sur le trottoir », photo parue dans le Journal le 14 août 1911 - source : RetroNews-BnF

Les femmes la haïssent cette révélatrice des teints artificiels, des teintures et des fards, cette empêcheuse de mettre des corsets trop étroits et des chaussures trop justes et des gants trop serrés.

Elle est brutale avec les dames, comme ces assistantes des douanes commises à la fouille des femmes :
« Allons, ma petite, ne mets pas tant de noir autour de tes yeux, il fondra et tu auras l’air de pleurer du cirage.
Un corset cuirassé ?
Tu es folle.
Tes petits souliers, tes gants à la pointure étroite ?...
Folle ! folle ! tu ne pourras ni respirer, ni marcher, ni faire un mouvement.
Il faut t’habiller à la forme de ton corps et non à la forme de la mode ».

Elle passe aux terrasses des cafés et les gros hommes buvant la saluent de cet axiome : « Je marche, donc je sue ».

Jardin des Tuileries (Paris Ier), en juillet 1911. Vêtues de lourdes robes, les femmes utilisaient un éventail pour s’aérer. Maurice-Louis Branger

Elle vide les maisons de leurs habitants qui viennent dans les rues pour la fuir. Mais dans les rues, ils la retrouvent encore.

Elle fait vaciller sur sa base la glace que le maître d’hôtel grave présente aux convives, rouge comme un homard cuit ; elle sèche les fleurs du surtout ; elle donne aux meilleurs vins une tiédeur écœurante, et quand elle n’est pas un sujet de conversation, elle ralentit les propos et les rend déliquescents et vagues comme la crème des petits fours dont elle fond le granité et dont elle fait transsuder le beurre et le sucre.
Elle fait tourner les sauces et elle fripe, casse et ramollit les cols et les plastrons les plus blancs et les plus rigides.

Un chauffeur de taxi fait la sieste./Maurice-Louis Branger

Elle rôtit le couvreur sur son toit, le batelier dans sa barque, l’arroseur lui-même qui croit la combattre avec sa lance.

Elle endort les gardiens de musées, les sergents de ville en faction, les midinettes à leur travail, et même sur les fortifs, les bandits vautrés dans l’herbe, ferment leurs yeux, cédant à son invincible torpeur.

Les Parisiens la maudissent, mais elle leur répond : « Ingrats, taisez-vous, subissez-moi sans murmurer, je suis la grande pourvoyeuse du monde entier, la grande rôtisseuse, la grande cuisinière de la nature. Je rôtis, je grille, je rissole, je fais bouillir, mitonner, braiser, votre nourriture, vos grains, vos fruits, vos légumes, et la pâture de vos animaux.
L’immense menu que la Providence vous dispense, c’est moi qui suis chargée de vous le servir à point.
C’est votre vie que je réchauffe. Bénissez-moi. »

Paris, le 9 août. Le mercure affiche des records historiques./bg/adoc-photos

Ô Parisiens qui murmurez, un illustre et charmant poète a chanté la grande saison avec reconnaissance. Ronsard a dit :

Je te salue, Été, le prince de l’année,
Fils du soleil, auteur de toute chose née,
Père alme [bienfaisant], nourricier, donne-blé, donne-vin,
Mâle parfait, entier, tout grand et tout divin.

Fin juillet : la vague de chaleur s’enracine

Le 23 juillet, il fait 40 degrés à l’ombre dans toute la France, et la chaleur ne faiblissant pas, le chroniqueur scientifique Max de Nansouty du quotidien Les Annales politiques et littéraires commente dans un article scientifique intitulé La chaleur en juillet 1911 du numéro 30 juillet les effets de cette persistance :

Le mois de juillet 1911 nous laissera le souvenir d’une chaleur des plus désagréables, accompagnée d’une sécheresse dont l’agriculture a été ravie. Comme le dit le vieux proverbe : « Ce qui fait le malheur des uns, fait le bonheur des autres. »

Trente sept, sept... à l'ombre ! Et on nous promet davantage !
Les titres de la presse parisienne de 1911, comme ici Le Journal du 10 août 1911, sont éloquents : les citadins sont désemparés face aux épisodes caniculaires. Comme aujourd'hui, on se plaît à aligner des records de température... (source : BNF, Retronews).

Soyons d’accord cependant à constater que cette période fut profondément « inconfortable », pour employer le terme désormais admis.
Que peut-on en dire au point de vue scientifique, en interrogeant, dans une ardente veille, les annuaires météorologiques remplis de tableaux statistiques et de chiffres ?
Faisons comparaître ce mois de juillet coupable d’excès de température, et interrogeons-le sévèrement.
Voici comment il établit ses moyens de défense.

Tout d’abord, poursuit Max de Nansouty, il n’y a pas eu surprise, ni guet-apens. La façon systématique avec laquelle soufflèrent en juin les vents d’Est, du Nord-Est et du Nord, devait nous faire prévoir que l’on ne pouvait éviter, en juillet, une grande sécheresse ; et cela, aux approches de la canicule, fixée, depuis l’antiquité, vers le 20 juillet, et dont les anciens disaient : Bibit ardens Canis (Le Chien céleste est assoiffé).

La sécheresse, associée à un soleil resplendissant, devait aboutir, logiquement, à une grande élévation de température.
Cela n’a pas manqué.

Depuis le 2 juillet, date à laquelle on reçut quelques ultimes gouttes de pluie, jusqu’au 23 du mois, l’arrosage céleste a été interrompu. Il convient de constater, d’ailleurs, que la quantité de pluie tombée depuis le 1er janvier en 1911, est de 202 millimètres, alors que la normale, la moyenne, aurait dû être de 303 millimètres.
C’est donc bien la sécheresse : mais ne nous exclamons pas trop !

Au grand courant « à base d’Est » que nous venons de supporter succédera logiquement un « courant d’Ouest » compensateur ; il faudra bientôt probablement consoler les gens de ne pouvoir sortir sans parapluie.
Attendons un peu et méfions-nous du « virage météorologique ».

La température de ces jours derniers a été incontestablement excessive.
A-t-elle été anormale ? s’interroge Max de Nansouty.
Non.
Car les maxima qui se produisent presque toujours, à Paris du moins, en juillet et août, varient, de temps immémorial, entre 36°1 C et 39° C.
Nous avons observé 39° C récemment, lors de l’Exposition universelle de 1900.

On trouve, à la vérité, des chiffres plus élevés dans les documents historiques ; mais ils sont suspects.
Pour relever des chiffres météorologiques, il faut beaucoup de conscience et aussi des instruments extrêmement précis, deux choses que ne possédaient pas du tout nos anciens.
De là à conclure que notre supplice thermique de ces jours derniers était tout à fait régulier, il y a un abîme.
Il n’était pas régulier du tout, vu que les grands « coups de chaleur » peuvent se produire de juin à juillet, à des dates variables.

Le 24 juillet 1870, il y a eu, à Poitiers, d’après ce que nous apprend M. A. Angot, un maximum de 41° 2 ; ce fut une des horreurs de cette affreuse année. Mais on ne revit plus, les années suivantes, cette horrible température qui paraît, d’ailleurs, avoir été localisée.

En thèse générale, une forte chaleur, durant deux ou trois jours, se supporte toujours assez allègrement, de même qu’un froid excessif.

Où l’ennui et la fatigue commencent, c’est lorsque l’élévation thermique s’obstine et prend, sans motif valable, des allures de fonctionnement climatérique.
C’est notre cas, en la présente occasion.
On supporte bien quelques journées au cours desquelles « le baromètre est piqué », et où le thermomètre se tient à 26, 27, 28 degrés.

Mais si, après avoir résisté, on est soumis à des journées de 30 à 36 degrés et à des nuits sans fraîcheur, la fatigue commence réellement ; on dort mal, l’appétit disparaît : il y a vraiment dépression.
L’énergie morale a besoin de venir compenser ce que perd, avec prodigalité, l’énergie physique.

D’où nous vient cette chaleur ? demande Max de Nansouty.
Elle paraît consécutive d’une grande « vague de chaleur » qui a passé ces temps derniers sur les États-Unis.
Mais la vague de chaleur des Etats-Unis, d’où vient-elle elle-même ?

Nous croirions assez volontiers aux « taches du Soleil », qui ont été observées depuis longtemps par notre éminent maître Camille Flammarion et par l’abbé Moreux.

Ces savants astronomes nous disent que d’effroyables éruptions volcaniques se sont produites sur le Soleil, sur notre Soleil (car il y en a vraisemblablement une infinité).
Lorsque le volcan solaire fait son explosion, c’est un déversement de chaleur, de lumière et, surtout, d’électricité, d’ions électriques, qui enveloppent notre petite planète de Terre.
L’ion électrique (et hypothétique) est une lettre de change céleste, immédiatement payable à vue en calories, c’est-à-dire en chaleur.

Lorsqu’il « pleut des ions », il faut ouvrir des parasols et des ombrelles ; mais, il n’est pas mauvais de s’assurer aussi de l’état de son parapluie : car ce fulgurant « ion » est un grand condensateur des vapeurs de l’atmosphère, et sous forme d’orages, de tourbillons et de cyclones, il ne tarde jamais à inonder ce qu’il a grillé.

Comme conclusion pratique, constatons que, déjà, quelques orages tendent à détendre nos relations surchauffées avec le Soleil.
Une entente paraît probable sous la forme d’un mois d’août acceptable et d’un mois de septembre poétique et charmant, conclut le chroniqueur scientifique.

Août : après une brève accalmie, la chaleur frappe de nouveau
Sous le pseudonyme du Diable boiteux, un chroniqueur du Gil Blas moque les météorologistes dans le numéro du 10 août :

Dire que dans le mot température, il y a le mot tempéré !
Ceci est d’une philologie assez douteuse et je pense bien que M. Brunot me ferait un cours de plusieurs quarts d’heure, qui tournerait à ma confusion de pauvre diable !
Mais il fait si chaud depuis deux jours !

D’ailleurs, ce qui n’est pas gai, c’est que les météorologistes officiels annoncent une baisse sensible de la pression barométrique.
Et v’lan, nous sommes bons pour une nouvelle vague de chaleur puisque ces messieurs — qui ne .sont jamais trompés ! à condition qu’on prenne le contrepied de leurs prédictions — nous font espérer la fraîcheur !

Sur le boulevard, hier, le thermomètre marquait à midi, exactement 47 degrés. À trois heures, il n’y en avait plus que 37. C’est plutôt suffisant, n’est-il pas vrai ?

Août 1911 : l’un des mois les plus chauds de l’Histoire, notamment à Paris
En ce mois d’août 1911, les températures sont supérieures à 30° C pendant 14 jours consécutifs.
Des records sont battus, et l’académicien Jules Claretie y va de son article au sujet de la canicule telle qu’on la vit à Paris, dans le numéro du 20 août 1911 des Annales politiques et littéraires :

C’est une gloire comme une autre pour nos contemporains d’avoir « vécu » la plus chaude journée du siècle.
Le malheur est qu’un certain nombre de braves gens en sont morts.
Mais la vie est une bataille ; elle était même une mêlée féroce avant Darwin, et lorsque les hommes ne se chargent pas de la rendre meurtrière, les éléments y mettent leurs soins.

Dame Nature est ironique et se moque des créatures.
Elle les gèle en hiver, elle les étouffe en été.
C’est une mère qui tourne facilement à la marâtre. Barbey d’Aurevilly, qui aimait ce vieux mot, eût dit volontiers :
« C’est une « bourrelle ».

Donc nous avons eu — et nous aurons peut-être encore — une température de Sénégal.
Les Sénégalais ont sur nous cet avantage qu’ils y sont accoutumés. Ils bravent la chaleur en faisant la sieste.
Ils ne luttent pas avec le soleil. Ils s’étendent à l’ombre des grandes feuilles formant parasol et dorment.

Hélas ! les Sénégalais d’Europe (j’entends, pour ne parler que de nous, les Parisiens condamnés à la température sénégalaise) ne peuvent pas jouir du repos que trouvent tout naturellement les bons nègres.
La vie, telle qu’ils la pratiquent, le leur interdit.
Condamnés à la tâche quotidienne, il leur faut travailler, travailler sans cesse, et l’élévation de la température n’aurait pour résultat, si les travailleurs s’« écoutaient », comme on dit, que la diminution des salaires.

Nous avons beau traverser les plus chaudes journées du siècle, les devoirs de chaque jour n’en sont pas moins exactement les mêmes, et, quelque brûlée du soleil qu’elle soit, roussie, rissolée et rôtie, il faut que la Terre tourne et que ceux qui la cultivent travaillent.

Ce qui me paraît assez narquois dans les journaux qui donnent volontiers des conseils aux gens — conseils politiques ou conseils pratiques, au choix —, c’est le commandement formel que dictent au public les docteurs d’occasion pour la « traversée » de ces heures de chaleur torride :

Avis important. — Il est plusieurs moyens d’éviter l’insolation. Le plus sûr est de rester bien tranquille chez soi pendant la journée et de ne sortir que le soir.

Rien de plus simple, en effet. Il fait chaud : faites la sieste.
L’atmosphère est étouffante : prenez du repos. Ne vous chagrinez pas, ne vous préoccupez pas, ne vous surmenez pas.
La prescription me rappelle le conseil souriant que donnent volontiers les sages, proches parents des indifférents, aux gens qui ont quelque gros souci en tête ou quelque lourde tâche à accomplir :
« Mais pourquoi y attacher tant d’importance ?
Prenez le temps comme il vient et les choses comme elles sont ! »

Imaginez un pauvre diable d’ouvrier lisant, le matin, le conseil en question, à l’heure où il lui faut aller tourner sa machine ou se courber sur l’établi :
« Ne sortir que le soir ! » Eh ! sans doute, et prendre le frais au Bois, ou encore respirer à l’aise en se promenant doucement sous les platanes du boulevard Haussmann !
Attendre que la chaleur soit tombée et qu’il ne reste dans Paris qu’un peu de poussière, l’air du soir et la clarté des étoiles.

Ce remède à l’insolation, remède préventif, est facile à suivre, en effet, mais seulement pour les oisifs, caste spéciale, et jamais peut-être, jamais Paris n’a plus travaillé qu’il ne travaille à présent.
Et c’est à ces pauvres diables harassés de chaleur, c’est à ces forçats du travail que les hygiénistes ironiques viennent dire le plus naturellement du monde :
« Restez chez vous tout le jour, c’est plus sain, et ne sortez que le soir ! »

À cela j’entends Gavroche répondre avec son accent d’éternelle gouaillerie :
 « Eh bien, et du pain ? »
Eh ! certes, chacun de nous ne souhaiterait qu’une possibilité : rêver à l’ombre pendant la journée chaude et respirer au frais, la journée finie.

Mais il faut que l’immense Paris vive, même en ces temps de fournaise.
Et ceux qui le font vivre, qu’ils pétrissent son pain quotidien ou qu’ils lui fredonnent le couplet du jour, sont tenus d’être à leur poste, à leur tâche, à leur fourneau ou à leur tréteau.
Ils y sont. Qu’on salue ces braves !

L’homme moderne est une petite machine nerveuse très résistante ; cependant, à la fin, elle s’use et se brise, et la vie parisienne, un peu bien exotique par sa température, manque décidément de sieste, conclut Jules Claretie.

Début septembre, après une nouvelle brève accalmie, la vague de chaleur récidive, et on peut lire dans un entrefilet intitulé De plus en plus chaud ! du numéro du 10 septembre du Petit Parisien :

Hier, 35°6 à l’ombre ! Le thermomètre ne désarme pas !...
Hier, à l’observatoire de Montsouris, le maximum de 35°6 fut constaté à 2h10 de l’après-midi.

À la tour Saint-Jacques, où les observations sont faites à une certaine hauteur, les extrêmes ont été : 18°3 à 6h35 du matin, et 35°4, à 1h55 du soir.
La moyenne thermométrique 26°8 a été supérieure de 8°4 à la normale.
Le baromètre est en hausse à 763 mm. Temps probable pour aujourd’hui : quelques nuages, température élevée. Encore !